La tendance du développement
durable, un exemple à l’Hôtel-Restaurant de Régis et Jacques Marcon
À Saint-Bonnet-le-Froid, un lieu de vie en
symbiose avec la nature Michèle, Jacques et Régis Marcon inventent le tourisme
de demain. Pour tout gastronome conscient de l’importance d’un lien étroit entre
le bien se nourrir et la préservation d’un environnement naturel, mais aussi de
relations de qualité avec les personnes qui vous accueillent et vous servent,
une visite s’impose à l’Hôtel Restaurant Régis et Jacques Marcon.

L'Hôtel-Restaurant de Régis et Jacques Marcon.

Régis, Michèle et Paul, remise de
l'écolabel Hôtel par Chantal Jouanno. |
Un site exceptionnel
Nous sommes dans les monts du Velay à la lisière de l’Ardèche. À quelques
encablures de Saint-Etienne, d’Annonay et du Puy-en-Velay. La région de petite
montagne alterne les prairies et les bois dans une nature préservée, propice à
la randonnée.
Saint-Bonnet-le-Froid, ce sont 200 personnes qui ont su entretenir une vie de
village en pleine nature (21 enfants à l’école communale). Bien sûr la
gastronomie domine, mais on y trouve aussi une quantité, rare aujourd’hui dans
nos villages, d’hébergements, de magasins et d’artisans. C’est dans ce cadre
favorable que Michèle, Jacques et Régis Marcon ont ouvert leur deuxième
Hôtel-Restaurant à Larsiallas.
Au début une étude paysagère et
une magnifique création architecturale ont permis d’insérer harmonieusement
l’Hôtel-Restaurant Régis et Jacques Marcon, au sommet du mont, dans le
prolongement du village.
Avec l’architecte Jean-Michel Brouillat, ils ont réussi l’exploit d’intégrer les
bâtiments dans le paysage de telle façon qu’ils ressemblent à une ferme locale,
tout en offrant une vue panoramique depuis le restaurant et les chambres sur
toute la région.
Les concepteurs ont pris en compte le sol, le sous-sol en construisant avec les
pierres schiste, granit, basalte, lauze et le bois de la région, sur un
emplacement situé sur la ligne de partage des eaux de la méditerranée et de
l’atlantique, sans faille sismique.
La construction offre un espace ouvert sur la nature associé à une partie sous
terre. Au final, c’est un lieu très protecteur, à l’abri des aléas climatiques,
nous sommes à 1 200 m d’altitude et les hivers peuvent être rigoureux.
Ce sont des artistes, des artisans et des entrepreneurs locaux qui ont réalisé
toute la construction, l’aménagement et la décoration pour que le chantier
bénéficie aussi au village, à sa région.
À
la découverte d’un lieu "à vivre"
Lorsque vous arrivez à l’hôtel vous découvrez, au centre, une maison de
maître carrée, en pierre de taille, entourée de quelques constructions où
dominent le bois et le verre. La maison de maître, paraît être là depuis
toujours, alors quelle a été construite en 2005. Les bâtiments sont en fait
l’hôtel et le restaurant disposés autour de la maison à l’instar de l’écurie et
de la grange des anciennes fermes de la région. Ces bâtiments sont conséquents
(10 chambres 4* et un restaurant 3*de 60 places assises, 4 salons, une salle de
petits déjeuners, un espace détente…) mais ils paraissent peu imposants car ils
sont en partie troglodytes et entourés de végétation. Même les voitures,
indispensables pour accéder à ce site éloigné de tout, disparaissent du paysage
grâce à un parking couvert, en forme de spirale et en bois. Vous accédez
directement à la réception de l’hôtel via un jardin d’hiver tout en verre, en
notant au passage des VTT (et un vélo électrique) bien utiles pour parcourir la
région. Dans la réception entourée de salons où dominent la pierre, le bois et
le verre, vous découvrez un choix de produits du cru.

Le couloir en forme de grotte. |
Muni de votre clé vous vous
préparez sans le savoir à deux chocs esthétiques et émotionnels : l’accès aux
chambres se fait par un vaste couloir en forme de grotte où une semi obscurité
est savamment créée par un éclairage à base de LEDS aux couleurs changeantes et
quelques puits de lumière. Une exposition d’œuvres d’artistes locaux anime cet
espace. Au centre du couloir, disposées en triangle, trois énormes plaques,
l’une couverte de fossiles, l’autre de roses des sables et la dernière d’un
énorme cristal de roche. Pour renforcer encore l’ambiance minérale du lieu
chaque chambre est identifiée par une pierre : par exemple, émeraude, calcite
bleue... Puis vous accédez à votre chambre et vous passez de l’obscurité à la
lumière : toutes les chambres étant disposées de façon à bénéficier d’une vue
splendide sur la région au travers d’immenses baies vitrées.
De la chambre et de la salle de bain vous pouvez admirer les monts boisés et les
champs verdoyants alentour. Au premier plan votre regard traverse une grande
terrasse couverte d’herbe qui prolonge votre chambre, séparée des autres
terrasses par un rideau de plantes vivaces. Sur cette terrasse une table et des
chaises en bois vous permettent de vous prélasser tout en profitant pleinement
de la nature environnante.
Dans la chambre dominent le bois (mobilier, parquet), la pierre et le verre. La
décoration est très sobre, renforçant l’impression d’authenticité du lieu que
lui confèrent les matériaux utilisés. Une température très douce est obtenue
grâce à un double flux d’air (un puits Canadien aérien qui présente l’avantage
d’une ventilation totalement silencieuse). La construction des chambres pour
partie troglodyte, avec une toiture végétalisée et la ventilation par double
flux d’air permettent de ne perdre qu’un degré de température par jour, en
hiver, lorsque le chauffage est éteint et pourtant nous sommes à Saint Bonnet le
Froid le bien nommé.
Un panier en osier avec de petites étiquettes joliment calligraphiées par une
artiste locale, invite le client à faire le tri du papier, du plastique et du
tout venant. Sur une étagère un magnifique livre : "La cuisine de Régis Marcon"
vous permet de vous préparer au festin qui vous attend. Et juste à côté un texte
signé par Régis Marcon explique sa démarche : Offrir un espace de vie faisant
partie d’un projet résolument tourné vers l’avenir et le Développement Durable.
Concilier confort et respect du site par le choix des matériaux, la construction
troglodyte, l’isolation, la récupération de l’énergie pour le chauffage, la
récupération des eaux de pluie et l’exposition Sud, Sud-est. Et en conclusion il
invite les clients à faire des suggestions pour encore plus progresser.

Des panneaux solaires sont installés au-dessus
des chambres. |
La salle de bain offre le choix
entre la douche et la baignoire. L’eau provient d’une source, (Larsiallas le nom
du lieu signifie départ de source), elle est chauffée par des panneaux solaires
thermiques implantés au dessus des chambres. Le linge de toilette est fabriqué
dans le village. De petites étiquettes semblables à celles du panier pour faire
le tri vous expliquent : le tri des serviettes pour un séjour de plusieurs jours
et surtout, pour limiter les déchets, le choix de ne mettre à la disposition des
clients que les produits d’accueil essentiels dans des grands contenants. La
réception pourvoit aux besoins supplémentaires.

Une des chambres de l'Hôtel-Restaurant où des
détecteurs de présence ont été équipés. |
Pour limiter les consommations
d’énergie, l’entrée de la chambre, le couloir et les toilettes sont équipés de
détecteurs de présence, le lit est équipé de liseuses LEDS, et pour la plupart
des lampes longue durée basse consommation ou des néons. Chaque lampe bénéficie
d’un interrupteur autonome. Un thermostat vous permet de régler la température à
votre guise et une étiquette discrète avec des petits lutins vous suggère
d’éteindre la télévision en sortant de la chambre.

Baignade naturelle. |
Au milieu du couloir qui
conduit aux chambres vous trouvez la salle des petits déjeuners et l’accès à
l’espace détente. Lors du petit déjeuner le matin, vous pouvez déjeuner en
admirant le lever du soleil sur les monts de l’Ardèche. Des produits locaux en
portions individuelles sans aucun emballage vous sont servis: une variété
appétissante de pains frais, de pâtisseries, de fruits, de fromages et de
charcuteries, le bonheur.
L’espace détente comporte un salon pour les massages avec des cloisons en papier
pour l’ambiance zen, un sauna et une baignade naturelle. Cette dernière, conçue
par Biotech, est très réussie sur le plan esthétique. Le bassin principal, est
surmonté d’un bac planté de roseaux pour filtrer l’eau avec en contrebas un plus
petit bassin où s’ébattent poissons rouges et grenouilles. Un très joli effet
est produit avec le bord de la baignade, l’eau paraissant s’écouler à l’horizon
vers les collines et les champs avoisinants. L’eau est chauffée par une pompe à
chaleur.
Les plantes sur les terrasses des chambres et tout autour de l’hôtel sont
arrosées goutte à goutte par un tuyau poreux grâce à un système de récupération
de l’eau de pluie.
Au
restaurant : nature et gastronomie
Le restaurant est lui aussi un lieu formidable pour mettre tout les sens en
éveil et les rassasier. Déjà il est exposé sud-est avec d’immenses baies vitrées
qui vous permettent à 160°, le soir, de voir les monts de l’Ardèche baignés dans
le soleil couchant et même par temps très clair de voir la chaine des Alpes à
plus de 600 km.
Puis installé à table on se laisse emporter par l’équipe de salle à la
découverte d’une multitude de mets et de saveurs et comme les mots me manquent
pour décrire cette expérience unique, je préfère laisser Régis Marcon, lui-même,
décrire sa cuisine : "Accueillir le client, arrêter le temps, se sentir
ailleurs, nous sommes là pour vous servir, laissez-vous faire. N’oubliez pas que
ces plaisirs de vivre un moment gourmand à notre table doivent s’accompagner
d’une bonne digestion. Le bon repas est celui qui est aussi agréable à la
dégustation que léger à la digestion."
"Depuis longtemps dans notre pays on aime le naturel, le vrai que ce soit
dans les produits comme dans les relations entre habitants. Nous voulons
protéger cette nature, cultiver propre et nous sommes conscients du rôle clé de
l’alimentation dans le maintien de la santé. Aussi notre rôle de cuisinier ne se
limite pas à des techniques, c’est la recherche avant tout du produit, son
origine, connaître les méthodes d’élevage et de production, voir encourager ceux
qui produisent, c’est s’informer sur ce qu’est une bonne alimentation, cuisiner
de façon équilibrée, connaître la valeur alimentaire, énergétique des produits."
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Le jardin bio. |
«Pour moi la cuisine doit
être variée. C’est un merveilleux terrain de liberté, des produits sains, bio de
préférence, des céréales, des légumes, des fruits, des merveilleuses viandes et
volailles, des poissons frais…" "Le petit épeautre, l’avoine, l’orge sont
très intéressants en salade ou avec d’autres protéines associées avec des
légumineuses (lentilles, haricots blancs…). C’est un mélange à la fois goûteux
et équilibré. J’ai découvert tout ce bel univers des céréales grâce à Monsieur
Celle, fervent défenseur des céréales bios. J’affectionne le pain,
particulièrement le «type 80» fabriqué à base de farine semi complète avec un
levain naturel qui donne ainsi un pain avec un parfum agréable, nutritionnel…"
"J’adore cuisiner les légumes, qui nous viennent pour la plupart de la vallée
du Rhône ou des marchés. Jean-Louis et Patrick s’occupent de notre jardin bio,
alimenté par notre compost. Nous privilégions les poissons de rivière, l’omble
chevalier de Fanny Romezin, les sandres de Loire, les saumons bio ou sauvages,
la perche du Léman. J’ai toujours eu un penchant pour la pâtisserie et j’ai la
chance d’avoir Christophe et Emilie qui comprennent mon désir de desserts
goûteux. Toutes les saisons ont leur charme avec les fruits rouges du Velay
d’Eric Pauchon, la châtaigne et les figues d’Ardèche, les baies sauvages, les
fruits de la vallée de l’Eyrieux…Quelle belle association avec les produits
laitiers du plateau, le miel de fleur de montagne, les farines et les sucres
naturels."
Pour conclure Régis Marcon aime citer Margaridou une cuisinière auvergnate de
début du XXe siècle "La cuisine ne peut être belle que quand elle vous ramène
aux choses premières et simples."
Une pratique du Management
Durable
Dans ce lieu "à vivre", une équipe d’une cinquantaine de personnes (avec les
équipes des autres établissements du village, Hôtel Restaurant le Clos des
Cimes, le bistrot la Coulemelle et la boulangerie La Chanterelle) s’emploie à
rendre agréable le séjour de ses clients. Michèle, Jacques et Régis Marcon
mettent beaucoup de soin à créer des relations harmonieuses et de qualité entre
toutes ces personnes. Avec une ancienneté moyenne de 7 ans, plusieurs sont des
piliers comme Brigitte la gouvernante ou François à la réception, mais il y a
aussi beaucoup de personnes qui ne viennent que pour quelques temps, apprendre
ou se perfectionner dans leur métier et partir ensuite vers d’autres horizons.
Dans leur mode de management rien de révolutionnaire, mais une présence assidue,
de l’attention, une perpétuelle remise en question et des valeurs humaines.
La construction ouverte en pleine nature, y compris pour les arrières, influe
fortement sur la qualité de ces relations, il suffit pour s’en convaincre de
voir la cuisine en plein service. Ce sont 25 personnes qui s’activent pour
fabriquer à la demande une kyrielle de plats tous plus raffinés. Et pourtant une
certaine sérénité règne, les immenses baies vitrées qui ouvrent sur les monts
avec le soleil couchant, les espaces de travail bien structurés, dédiés à chaque
type de préparation contribuent à cette efficience.
Quelques attentions démontrent aux collaborateurs une volonté d’un management
très humain, par exemple Michèle Marcon constatant que la plupart des femmes de
chambre ont des enfants elle a aménagé leurs horaires de travail pour leurs
permettre d’accompagner leurs enfants à l’école. Régis Marcon, de temps à autre,
part accompagné de quelques collaborateurs à la découverte ou à la cueillette
des plantes et bien sûr les champignons de la région.
Outre le briefing quotidien avec une description des produits au travers de jeux
de rôles, tous les dimanches une réunion plus conséquente permet l’étude
approfondie d’un produit (l’huile, le sucre…). L’origine du produit, sa
fabrication, ses utilisations en cuisine, les méthodes pour préserver ses
qualités gustatives et ses bienfaits pour la santé. A ces réunions participent
des nutritionnistes, des naturopathes, elles permettent aussi de découvrir les
métiers des autres équipes.
Pour animer la démarche vers le Développement Durable des réunions ont lieu
chaque semaine et chaque mois avec les différents responsables de services, qui
les déclinent ensuite auprès de leurs équipes.
Mais comme le Développement Durable est une quête infinie vers un mieux être,
une boite à idées permet de recueillir les suggestions des collaborateurs pour
continuer à avancer dans le projet. Avec une ouverture sur tous les sujets
possibles : aussi bien les repas, les animations, l’ambiance de la maison,
l’aménagement, les économies que les rythmes et les conditions de travail. A la
clef pour la meilleure suggestion : une invitation pour 2 personnes dans un
restaurant d’un collègue 3 étoiles.
Enfin Régis Marcon démontre, si c’était encore nécessaire, son ouverture sur le
monde des hommes en apportant son soutien à une association "Agir pour le
Cambodge" pour faire vivre l’école hôtelière : Sala Baï ou l’école du riz de
Siem Reap , près des temples d’Angkor.
Vers un développement encore
plus durable
Tout ce qui a été entrepris a déjà permis d’obtenir l’Ecolabel Européen
c’est une satisfaction mais ce n’est pas un but en soi, Régis Marcon a la
volonté d’approfondir encore sa démarche.
Il souhaite être autonome sur le plan énergétique dans les 10 ans à venir, par
l’acquisition de panneaux photovoltaïques, par l’installation d’une chaudière à
bois et par la récupération de la chaleur des cuisines.
Il souhaite renforcer son offre à l’intention des clients d’animations pour
leurs faire découvrir et apprécier la nature et la région. En mettant à leur
disposition des animateurs ou des moyens du type vélos électriques.
Il réfléchit également à une offre innovante pour faciliter le service dans le
restaurant tout en accroissant sa capacité d’accueillir plus de convives.
Ce que l’on a aimé
Tout est déjà d’un très grand niveau d’excellence : le site, l’accueil, le
service, les lieux : la chambre, l’espace détente, le restaurant, le repas, et
le petit déjeuner, aussi nous ne pouvons qu’insister sur l’implication de
Michèle et Régis Marcon, leur simplicité et leur plaisir évident à faire
découvrir ce qu’ils ont inventé pour que leurs clients fassent un séjour
d’exception chez eux et dans leur village. Mais également la gentillesse avec
laquelle tous leurs collaborateurs ont répondu à nos interrogations, montrant
qu’ils adhérent pleinement et contribuent au projet de celui qu’ils appellent
respectueusement « Le Chef ».
Ce qui est perfectible
Bien sûr nous ne pouvons qu’applaudir au projet d’être autonome sur le plan
énergétique dans les années à venir. De même nous approuvons l’idée de
développer l’offre de dispositifs permettant aux clients de découvrir les
alentours : plans avec chemins et indication de temps de parcours, informations
sur la faune et la flore locale, vélos électriques, ballades à la découverte de
la faune et de la flore…
Dans le restaurant nous aurions apprécié lors de la présentation des produits,
en plus des explications sur la composition, des éléments qualitatifs sur les
produits et leur origine (du jardin, bio, effets sur la santé…)
Un travail sur une possibilité d’accès avec des voitures hybrides, en auto
partage, depuis Saint Etienne, Lyon ou Valence pour les clients qui souhaitent
venir en train nous parait à envisager. Cette solution pourrait peut-être
également bénéficier aux collaborateurs.
Hôtel Régis et Jacques
Marcon
Larsiallas
43290 Saint-Bonnet-le-Froid
Tél : 04 71 59 93 72 – Fax : 04 71 59 93 40
www.regismarcon.fr
Budget à prévoir pour 2
personnes, 740 €, comprenant :
Le dîner dégustation (hors boissons), une nuit en chambre suite Relais &
Châteaux à l’Hôtel Régis et Jacques Marcon et le petit déjeuner.