Comment établir une stratégie avec ses fournisseurs pour réduire le bilan carbone de ses approvisionnements ?

Une démarche Développement Durable prend en compte toutes les facettes de l’activité d’une entreprise. Les relations avec nos fournisseurs constituent un domaine essentiel à analyser pour agir sur l’impact environnemental de notre entreprise.

Les transports et les emballages constituent une part importante de consommation de matières, d’énergies et de rejets de gaz à effet de serre.
Selon le MEDAD (ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement Durables) «le secteur des transports, grand consommateur d’énergie, constitue en France, la première source d’émissions de gaz à effet de serre (149 millions de tonnes équivalent CO2, en 2003)… sa part dépasse le quart des émissions en France (27 % des gaz à effet de serre et 34 % du CO2). Ce secteur est aussi celui qui montre la plus forte croissance (+ 23 % entre 1990 et 2003)… Les transports émettent surtout du dioxyde de carbone, provenant de la combustion des carburants. Le transport routier… est le contributeur le plus important (92 %) des émissions des transports».
Aussi tout ce que nous ferons pour optimiser l’utilisation des transports et réduire la quantité d’emballages dans nos approvisionnements sera bénéfique.
Ainsi le groupe de restauration Vivaë (Alsacienne de Restauration, Armorest, Toques et Prestige, Alsace Saveurs, Du côté Traiteur, France Plats, Socapa) s’est lancé dans un projet d’entreprise favorisant la proximité et la limitation des gaz à effet de serre. Ils systématisent en particulier le recours aux filières d’approvisionnement locales et conduisent une réflexion avec leurs fournisseurs pour réduire la quantité d’emballages.

Vous pouvez commencer par privilégier les fournisseurs qui ont engagé une démarche Développement Durable dans leur entreprise, et comme nous le verrons dans la rubrique concernant les achats, sélectionner les produits les plus respectueux de la planète.
Par exemple le groupe ECF (Chomette Favor) a adhéré à la charte Global Compact des Nations Unies, incluant le respect de l’environnement et un comportement éthique de l’entreprise. En 2007, ce sont 75 % de ses propres fournisseurs qui ont également signé cette charte.
http://www.ecf.fr/fr/actualite.html?id=53

Réduire la consommation d’énergie et le bilan carbone de nos approvisionnements implique également de réfléchir sur le mode de transport, la distance parcourue et la fréquence de livraison.
Le mode de transport choisi modifie radicalement le bilan carbone des approvisionnements, il suffit de jeter un œil sur l’éco comparateur SNCF http://agence.voyages-sncf.com/tourisme-responsable/voyageur-responsable.aspx (conçu avec l’Ademe) pour constater qu’un trajet effectué par la route rejette 10 à 20 fois plus de CO2 que s'il est réalisé par train (le double en avion). C’est ce qu’a parfaitement compris Monoprix avec sa décision d’approvisionner ses magasins parisiens (les 60 du centre puis les 120 de la région), par un train qui circule sur le réseau RER SNCF depuis un entrepôt du sud de l’Île-de-France. Les marchandises sont ensuite dispatchées avec des véhicules fonctionnant au gaz GNV. L’objectif est d’éviter 10 000 entrées de camions dans Paris par an et de réduire les émissions de CO2 de 75 %. Les autres distributeurs ne sont pas en reste puisque Auchan, Casino, Carrefour, Conforama, Ikea, Leroy-Merlin se sont engagés, depuis le 1er juillet 2008, à privilégier la voie fluviale pour leurs denrées non alimentaires au détriment de la route par un accord ont signé avec l'État, la compagnie nationale du Rhône (CNR) et les Voies navigables de France (VNF). Selon les initiateurs du projet, ils économiseront le pétrole consommé par une ville de 10 000 habitants, le transport fluvial étant 3,7 fois plus efficace que le transport routier et quatre fois moins polluant, pour des prix comparables.

Souvent pour nos approvisionnements le choix du mode de transport dépend surtout du fournisseur. En revanche, nous pouvons jouer sur les autres paramètres : la distance parcourue par exemple en privilégiant des fournisseurs locaux et en réduisant la fréquence de nos approvisionnements.

Notre économie au cours des dernières décennies a inventé le «juste à temps» qui visait à éliminer les stocks en se faisant approvisionner juste la quantité nécessaire pour la période la plus courte possible. Cette approche est géniale si l’énergie est bon marché et que l’on ne se soucie aucunement des rejets de gaz à effet de serre. Cette époque est révolue, l’énergie est et sera de plus en plus chère, le changement climatique impose de réduire nos rejets de gaz à effet de serre.

Il faut également intégrer dans notre réflexion la nature des produits.
Pour les produits dont la fraîcheur est primordiale, la fréquence doit être la plus courte possible, nous ne pouvons jouer que sur la distance parcourue. L’idéal est de se constituer, à l’image de ce que savent très bien faire les grands chefs, un panel de fournisseurs locaux de qualité et, comme nous le verrons plus loin, de construire sa carte avec le plus possible de produits de saison.

À titre d’exemple, un kiwi provenant de Nouvelle-Zélande pèse deux fois son propre poids de CO2. Ce ne sera évidemment pas le cas si vous prenez des kiwis de l’Adour de novembre à mai en bonus ils sont Label Rouge.
http://www.qualitelandes.com/Kiwi_de_lAdour

Pour les autres produits il est possible, sans grever considérablement ses stocks, de réduire la fréquence d’approvisionnement simplement en groupant tous les achats de l’établissement. C'est-à-dire à faire la chasse aux achats d’appoint dus à une mauvaise estimation des besoins et aux commandes dispersées en fonction d’un rythme propre à chaque service. Pour cela, il convient d’organiser une concertation entre les différents services sur leurs besoins et leurs choix de fournisseurs. Vous constaterez, si vous ne l’avez déjà fait, que cette remise en cause des habitudes dans les processus d’achats permet par une rationalisation de la démarche, de l’améliorer sans nuire à l’efficacité du service.

Pour que cette approche prenne tout son sens et ne soulève pas les réticences prévisibles lorsque l’on touche à certaines prérogatives, il est préférable de l’effectuer après le lancement de votre projet d’entreprise Développement Durable.

Si l’impact sur le bilan carbone de votre établissement sera tangible, au plan économique le gain dépendra de votre capacité à compenser les coûts, d’un fournisseur local parfois un peu plus cher, ou de stocks un peu plus élevés, par l’obtention de meilleures grilles de tarifs pour des volumes de commande plus élevés.



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