Comment impliquer mes collaborateurs dans la chasse aux gaspillages ?

Un Développement Durable nous l’avons dit repose sur 3 piliers étroitement imbriqués : la dimension environnementale, la dimension économique et la dimension humaine. La dimension humaine peut-être abordée sur plusieurs plans :

La responsabilité sociétale de l’entreprise avec des actions du type de celle d’un groupe de restaurateurs qui, à l’initiative de Philippe Hersant, créent une association pour aider à l’émergence de petites structures de restauration collective dans les pays émergents.
http://www.restaurants-sans-frontieres.org

Ou encore la démarche du groupe Accor qui mobilise ses 150 000 collaborateurs dans un programme intitulé Earth Guest avec un magnifique slogan «La terre nous accueille, nous accueillons le monde». Avec par exemple des actions d’éducation pour la lutte contre le sida ou une application encore plus spectaculaire qui est le financement de la plantation de 3 millions d’arbres dans 7 régions déboisées du monde. Cette action sera financée par les 50 % d’économies que le groupe prévoit de réaliser sur le nettoyage des serviettes dans les salles de bains avec l’aide des clients.

Mais voyons déjà l’enjeu managérial de l’implication des collaborateurs dans une démarche Développement Durable centrée sur la chasse aux gaspillages.

Partout fleurissent des initiatives pour montrer que l’entreprise se soucie de la planète. Toutefois, la plupart de ces initiatives sont plus des améliorations techniques que des actions de mobilisation des collaborateurs et nous ne pouvons que le regretter, parce que l’entreprise se prive ainsi d’une ressource essentielle. Nous pensons que tout ce qu’une entreprise réalise pour aller dans le sens du Développement Durable bénéficie de l’implication de ses collaborateurs. Nous avons de nombreuses raisons pour cela. D’abord, les collaborateurs sont les acteurs de ce que l’entreprise met en place et ils permettent par leur contribution d’amplifier la réussite des actions réalisées. Ensuite, les collaborateurs seront les premiers bénéficiaires d’une entreprise qui se développant durablement crée et préserve des emplois. Enfin les collaborateurs apprécient que leur entreprise s’engage sur un plan éthique et environnemental, nous avons pu le constater dans toutes les démarches que nous avons accompagnées. Dans le cas des gaspillages, cette conception est particulièrement pertinente : les collaborateurs n’apprécient pas que leur entreprise gaspille et ils sont les mieux placés pour agir au quotidien sur ces derniers.

LA DIRECTION DÉFINIT LES AXES SUR LESQUELS ELLE SOUHAITE AGIR

Nous recommandons vivement de situer le Développement Durable au niveau d’un projet d’entreprise piloté par la direction générale. Si l’entreprise peut disposer d’un directeur du Développement Durable c’est excellent, mais il doit être positionné comme celui qui met en musique une partition jouée par le comité de direction dans son ensemble. Dans un petit établissement, c’est le patron qui doit piloter le projet.
Pour la chasse aux gaspillages, la direction définit les axes sur lesquels elle souhaite agir : l’énergie, l’eau, les produits…, elle propose une stratégie de mise en oeuvre, prévoit la méthode d’évaluation des résultats et surtout donne l’exemple.
La mobilisation des collaborateurs contre les gaspillages doit impliquer l’ensemble des catégories de personnel au niveau de chaque équipe et de chaque service (hébergement, restauration, technique, administration...). C’est l’encadrement qui anime le dispositif de lutte contre les gaspillages, avec une communication régulière lors des briefings et des réunions d’équipe.
Les premières réunions sont l’occasion d’une réflexion collective sur les bonnes pratiques à mettre en oeuvre. L’idéal est que ce soit les collaborateurs eux-mêmes qui définissent et s’engagent sur les bonnes pratiques. Il est souhaitable de formaliser les engagements pris dans une charte des bonnes pratiques de l’équipe.
Par la suite, les collaborateurs sont en permanence sollicités pour le respect des bonnes pratiques et pour proposer des idées d’amélioration des modalités d’action. Régulièrement l’encadrement informe ses équipes sur les résultats obtenus.

Il est important de situer le projet de l’entreprise dans le temps. Il s’agit bien sûr d’un dispositif permanent, mais pour se mobiliser les entreprises ont besoin de temps et les échéances permettent d’entretenir les efforts sur la durée. Un plan à 3 ans permet de se constituer un historique et de mettre en évidence des évolutions. C’est également une durée suffisamment courte pour que les équipes constituées se sentent concernées et voient s’accomplir les résultats envisagés.
La chasse aux gaspillages est bien sûr une affaire de vigilance quotidienne dans toutes les activités de l’entreprise. Éteindre la lumière quand on sort d’une pièce ou couper un robinet qui coule, sont des gestes minuscules, ni glorieux, ni spectaculaires dont le systématisme et la répétition garantissent l’obtention de résultats. Il s’agit donc d’installer un état d’esprit qui valorise ces comportements.
Nous vous suggérons d’organiser avec l’ensemble du personnel une réunion de lancement du projet. Lors de cette réunion seront définies les modalités permettant à chaque équipe de choisir ses engagements.
À la date anniversaire les années suivantes, des réunions de bilan avec présentation des meilleures actions et de meilleurs résultats obtenus.
Entre temps, une information régulière mensuelle lors des réunions d’équipe, permettra de maintenir l’implication.

Le premier gain d’un projet d’entreprise pour le Développement Durable est qualitatif, il réside dans la motivation des collaborateurs et leur fierté d’appartenir à une entreprise respectueuse de son environnement.
Bien conduit, un projet de ce type aura des répercussions positives sur la réduction du turn-over et l’attractivité salariale de l’entreprise.
Néanmoins, comme nous sommes au niveau des valeurs personnelles et de l’entreprise, l’utilisation des gains économiques doit être bien pensée. Le choix du Groupe Accor d’utiliser les gains sur la blanchisserie pour replanter des arbres est à ce titre significatif.
Il y a également, et c’est très important, des gains d’image auprès des clients et des différents partenaires de l’entreprise. Aussi pour les grands groupes, les agences de notation et les ONG seront très attentives au comportement profond de l’entreprise, elles démasqueront ce qu’il est convenu d’appeler le «green washing». L’entreprise devra démontrer l’authenticité de sa démarche.
La réduction des gaspillages aura enfin un impact économique significatif sur la facture énergétique, la consommation d’eau et le coût matières. Ces gains économiques vont vous permettre de valider l’intérêt de la démarche, pour cela nous vous suggérons de les quantifier.
Nous préconisons d’établir des indicateurs permettant de mesurer les gains réalisés par nuitée et/ou par nombre de couverts. Le regroupement de ces indicateurs dans un tableau de bord Développement Durable vous permettra d’établir un historique et de mesurer des progressions. Il est fortement probable que cette mise en évidence des résultats obtenus encouragera vos équipes à persévérer et vous incitera à faire quelques «investissements Durables» dans des énergies renouvelables ou dans des équipements sobres pour franchir de nouveaux paliers.

Pour conclure sur ce chapitre, une anecdote racontée par Régis Marcon lors du salon Ecorismo en mars 2008 : Régis Marcon, 3 macarons au Michelin pour le restaurant de son Hôtel Relais & Châteaux à Saint-Bonnet-le-Froid près du Puy-en-Velay, est très investi dans le Développement Durable (il a ouvert en juin 2008 un 2e hôtel totalement pensé dans ce sens). VIP lors du salon, il expliquait comment l’éclairage Développement Durable l’amenait à trouver régulièrement de nouvelles idées. Le matin même il était présent lors service du petit-déjeuner dans son hôtel et observait une de ses collaboratrices qui préparait du jus d’orange pour les clients. Elle s’appliquait pour extraire au maximum le jus des oranges puis jetait les écorces dans la poubelle. À cet instant, il réalisa que lui avec son équipe de cuisine savaient parfaitement utiliser ces écorces pour faire d’excellentes orangettes, des zestes ou des confitures. Il donna simplement la consigne à sa collaboratrice de conserver désormais les écorces d’oranges pour le restaurant.

http://www.regismarcon.fr
http://www.ecorismo.com

Cette anecdote démontre comment la chasse aux gaspillages peut devenir, avec un peu de créativité, une passionnante quête pour utiliser plus judicieusement les ressources naturelles.



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