Extrait de «Paroles de consommateurs»
Le ton monte chez les consommateurs… attention que cela ne dégénère pas en boycotte !
J'habite dans une station
balnéaire. Chaque matin, midi et soir, je passe sur l'Avenue Rhin et Danube.
Sur laquelle se trouve un charmant restaurant. Vraiment charmant. Sur le
trottoir, deux grands panneaux noirs sur lesquels le tôlier inscrit façon craie
blanche une partie de la carte. Donc, depuis au moins 6 mois, je connais ses
formules. D'un côté les moules-frites, de 7,50 à 9,50 €. Et sur l'autre
l'annonce de son menu entrée + plat + dessert à 13 €.Vu le cadre, rien à
reprocher. Un peu plus bas, dans une zone où les loyers sont sans doute beaucoup
plus élevés, la moule-frite démarre à 10 ou 11 € et s'envole à 14 ou 15 € pour
peu qu'on y saupoudre du curry ou verse une cuillère de crème fraîche... Et puis
l'annonce de la baisse de TVA est passée par là. Dans les premiers jours de
juillet, le panneau consacré aux moules-frites a modifié son accroche : La TVA
baisse ? Les prix aussi. Et la moule-frite basique est effectivement passée à
7 €, soit 50 centimes de moins. Bravo. Une semaine plus tard, c'est l'autre
panneau qui s'est enrichi de l'accroche "la TVA baisse ? Les prix aussi !". Sauf
que là, notre menu à 13 € est resté à 13 €. J'ai lu et relu ce que je
connaissais par cœur. Pas d'erreur. Le prix est resté à 13 €, malgré l'annonce
d'une baisse. Le vacancier qui débarque se dira sans doute qu'une semaine plus
tôt le menu était sans doute à 14... Mais non. Bon, à 13 €, pour un menu
complet, dans un cadre sympa, une ville sympa, à 50 m d'un casino, on se dit que
ça ne vaut pas le coup d'en faire un fromage. D'ailleurs, c'est fromage OU
dessert. Pour conclure, une dernière question polémique : depuis 2 ou 3 ans, en
compensation du fait que la TVA ne pouvait être abaissée à 5,5 %, les pouvoirs
publics avaient accordé des réductions de charges sociales pour au minimum (de
mémoire) 1,5 milliard d'euros. C'était sensé compenser la baisse non obtenue de
la TVA. D'ou cette question : maintenant que la baisse a été accordée, y
aura-t-il retour à la normale pour le calcul de l'assiette (normale dans la
restauration !) de calcul des cotisations sociales ? Ou resterons-nous dans un
régime de double avantage ?
Nantes :
"Moi je quitte le resto dans lequel j'allais tous les jours. Non seulement il ne
répercute pas la baisse des prix mais comme c'est ma propre société qui paye mes
déjeuners, je me retrouve avec une TVA à 5,5% au lieu de 19,6%. Donc ça me coute
15% de plus cette petite mascarade !"
Du coup, il a perdu un client fidèle.
Paris :
L'arme fatale.
"Savez-vous, Mesdames et Messieurs les consommateurs, que vous
tenez entre vos mains l'ARME FATALE... Je veux parler de cette règle que tous
les économistes connaissent : L'OFFRE ET LA DEMANDE !
Tel restaurant vous semble ne pas jouer le jeu ? Eh bien : N'Y ALLEZ PAS ! En
voyant fuir sa clientèle, peut-être ajustera-t-il ses tarifs..."
Clermont Ferrand :
"A mon avis, ce sont les bons restos qui ont baissé leur prix.
Selon moi, les mauvais restaurateurs se contentent, une fois de plus, de piquer
le pognon dans cette affaire ! Ils ne servent pas, ils se servent, c'est aussi
pour cela qu'ils étaient déjà mauvais avant et qu'ils le sont encore plus
aujourd'hui... Ils ne baissent pas les prix, vous pensez ! Mais ils baisseraient bien
encore un peu la qualité de ce qu'ils servent... s'ils le pouvaient.
La baisse de la TVA est en soi, comme toute baisse d'impôt, une bonne chose. Eh
bien qu'elle soit aussi l'occasion de faire baisser les rideaux aux brebis
galeuses de la profession !
La balle est dans le camp du client, c'est en premier à lui que doit profiter
cette baisse de la TVA, c'est lui le contrôleur, c'est lui le roi !Une arnaque de
plus, mais ce gouvernement en a profité pour vendre des cartes de l'UMP pour
2012..."
Marseille :
"Un sur deux ? Vous vous fichez de nous ?
C'est un mauvais travail journalistique : vous emboîtez le pas du gouvernement
et acceptez sans broncher les chiffres qu'il donne. Il n'y a probablement pas un
restaurateur sur deux qui baisse ses tarifs ; je parie qu'il y en a à peine un sur
cinq. Quant à augmenter le salaire des employés, vous les voyez faire ça ? Ces
commerçants ont d'abord profité du passage à l'euro pour nous enfumer et
maintenant ils enfument l'Etat, donc une nouvelle fois le citoyen. Boycottons
les restaurants et hôtels qui ne baissent pas leurs prix. C'est simple. Et que
les escrocs fassent faillite."
Paris :
"Cela ne pouvait être qu'une arnaque. Chirac qui n'a pas fait grand chose dans
son dernier quinquennat aurait du continuer sur sa lancée à seulement faire ce
qu'il fait le mieux : courir la gente féminine, passer des vacances à 80 000 € ?
Et ne pas s'occuper des affaires du pays.
Voila maintenant 3 milliards d'euros perdus pour le budget."
Moulins :
"Des prix qui majoritairement ne bougent pas, ou seulement sur 7 produits
(pourquoi 7 ?) alors que la baisse de la TVA concerne tous les plats et
boissons.
Ils ne recruteront pas, ils n'augmenteront pas leurs salariés...
Bref une gigantesque arnaque. Merci Chirac !"
À Linselles :
L'Estamigotte réduit les prix de plus de 60 % de sa carte. Des baisses
jamais supérieures à 10 %, sauf pour le café qui passe de 1,60 à 1 €. "Ce
sont des petites baisses sur beaucoup de plats, glisse le restaurateur.
J'ai des gens qui viennent manger tous les jours, ils sentent la différence,
c'est du gagnant gagnant. Cela m'a permis aussi de prendre une personne en
contrat d'apprentissage en septembre", ajoute-t-il.
Au café restaurant de la
Vignette :
Les prix n'ont pas changé, "pour le moment, précise-t-on. Nous avons déjà
des petits prix, nous attendons". Pas d'embauche non plus, mais une prime
pour les trois employés.
À l'auberge Saint-Valentin à
Comines :
La baisse est annoncée en vitrine. Même les boissons alcoolisées sont
concernées. "J'ai joué le jeu, j'ai pu me le permettre car je n'embauche pas
et je n'investis pas, souligne le restaurateur, c'est une bonne affaire
pour le client."
Au Krakow (Quesnoy) :
Pas de nouveau personnel, mais plus d'heures pour l'employée. Les tarifs
sont aussi en baisse, à l'image du menu du jour.
Pour le moment, difficile de
dire si la baisse des prix est synonyme d'augmentation de la fréquentation.
Hausse de la consommation ? "Maintenant les gens commandent deux cafés",
glisse-t-on à l'Estamigotte.
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